FEÏZ SFAR
Né en 1982 à Mahdia
Architecte d’intérieur
Artiste peintre
Premier prix du concours de la BH pour les arts 2005
Expose depuis 2002.
Feïz Sfar évolue dans un monde raffiné, onirique et idéalisé. Sa recherche est de capter les atmosphères recrées à travers la peinture. Des bleus aux dégradés infinis, à la profondeur marine si puissante, si intense que le fond chercherait une limite, Feïz Sfar nous plonge dans l’univers radieux de l’abstraction de la peinture tunisienne. Le camaïeu des outre - mers, des turquoises, des cobalts, des indigos d’une mer civilisée comme une piscine d’hôtel reflète une lumière de jour comme une lumière de nuit qui décline ses variations dans l’intemporalité de ses tonalités.
Comme celle de Kamel Mili, la palette de Feïz Sfar est attrayante, chaleureuse et généreuse.
La nature embryonnaire, microscopique, larvaire ou végétale s’expose dans la jubilation de la couleur.
Les camaïeux de rouge, jaune, orangé restituent la lumière nocturne dans une recherche sur le clair - obscur. Les lumières nocturnes et inquiétantes aux motifs dentaux des pavés de couleur s’entrechoquent. Des figures géométriques encore à définir s’imbriquent. Des remparts et des créneaux se rejoignent, triangles et équations s’entremêlent dans la force nouvelle du rouge. Une succession de croix tel un nouveau cimetière, un horizon de rouge comme un coucher de soleil, le magma fusionnel d’une puissance nocturne nouvelle d’un monde à l’état d’un rêve, d’un imaginaire qui s’éveille. La vague orangée de la lave cervicale sur le fleuve nocturne et la lumière diurne siègent, se tendent et maintiennent au centre de son état le rouge dans sa splendeur dirigeante. Un repas de poissons se dressera - t - il au milieu de la nuit, une ville nouvelle se mettra - t - elle en place derrière les fortifications anciennes, une barque prendra - t - elle le large au milieu du port de la nuit ? Le rouge tiendra en éveil le paradis du lever du jour.
Sa couleur sanguine accouchera - t - elle d’une vérité en peinture comme celle de Rafik El Kamel ? L’emportement par les flots de sa phosphorescence navigue et atteint par sa délicate fantaisie l’onirisme des siestes. Est - ce une rêverie que suscite Feïz Sfar dans la réappropriation par la peinture de son imaginaire ou la recréation « d’une atmosphère » comme il se plaît à le dire. Répond - il à la volonté forte d’ancrer son art dans l’historicité en refusant d’une part la représentation tout en exposant la puissance de l’abstraction ?
Les grands panneaux verticaux, rectangulaires où les camaïeux des rouges, jaunes, orangés teintés de verts et de bleus ou dans une autre de ces toiles de rouge violacé ou plus simplement de rouge, de rose et de carmin. Le rouge sanguin et sanguinaire, le rouge natal du bain de sang et du placenta, le rouge mortel de la bataille, le rouge tonique du « bœuf écorché » ou des natures mortes aux pommes éveille même la nuit. L’œuvre peinte de Feïz Sfar semble trouver alors une sorte d’acmé dans ces formes rectangulaires rouges. Pavés de couleur d’un mur en devenir, quai d’une ère nouvelle, architecture de couleur comme les monochromes bleus d’Yves Klein, la palette s’harmonise, découvre et transcende le rouge cher à Rafik El Kamel.
Que lit - on ? Que voit - on subitement dans ces roses violacés que l’on trouve dans la peinture
d’Ahmed Hajeri ? Une bougie, une nature morte, une matière en fusion, l’entrée dans un nouveau monde. Si la palette surprend, rouge, verte et rose, les formes géométriques – le carré, le rectangle, le cercle, le cylindre – donnent le vertige de la construction.
Feïz Sfar reste fidèle à sa manière, séduisant, vivant où s’entremêle la vivacité des verts, des bleus, des jaunes, orangés et rouges, forêts de couleur, respiration naturelle végétale et maritime reprend et poursuit son œuvre dans la profondeur nocturne des rouges.
Nervures de rouge comme les racines dans la couche d’humus, couche de jaune comme la minéralité du sous - sol, solin de bleu comme l’empierrement de la terre, la toile rejoint le sol dans le lien violacé du réseau sanguin.
Cette toile de Feïz Sfar, nature morte abstraite, décline des formes rouges et jaunes qui se devinent dans un voile de couleur mauve. Les pots d’étain ne sont pas représentés ou représentatifs, on peut surprendre la mousseline d’une nappe dressée, les formes négatives comme on le dit d’une photographie d’une louche, d’une théière, la grâce à demi - révélée d’une corolle de fleur. Cette toile si gracieuse, forte et décorative avancerait si profondément dans l’histoire de l’art qu’on retrouverait les fonds sombres et voilés, secrets comme les mystères des toiles de Rembrandt
L’inquiétant dégradé de mauve, de violet, de rouge au centre laisse siéger le négatif d’un chandelier ou d’un bouquet de fleurs. L’épaisseur et le relief de la matière déclinent les bleus, les rouges, les jaunes, les vieux roses pour atteindre les violets d’une beauté profonde, riche, interrogative, nocturne et secrète.
On peut parler pour l’oeuvre de Feïz Sfar de la noble matière, substance accueillante, prête à recevoir l’esprit des formes, selon la religion de la lumière. La matière n’a pas perdu ses propriétés initiales intégrée selon un processus vertigineux tout à la fois long et rapide. C’est la matière éblouissante du jour dans la nuit, de la nuit dans le jour, du ciel sur la mer. Dans cette éclosion du fond, dans cette luxuriance de la palette et de la composition, dans l’irrésolu et l’interrogation des formes, dans l’entrelacement et l’interstice reste l’apparition d’un intervalle, d’un questionnement, d’une parole. Au commencement de l’acte de peindre émerge le livre du sans - fond, du non - lieu, de la forme redessinée, le point de départ d’une œuvre picturale reste une consumation totale de l’espace.
La description échappe à cette fulguration de l’ouverture de la matière au visuel, non pas telle ou telle figure déterminée mais à la potentialité figurale, à la représentation questionnante, à la palette mouvante de la nuit et du jour. Par la diplomatie de la couleur, l’arithmétique des proportions, la peinture de Feïz Sfar trouve son cheminement, proue visible de l’instant où l’invisible surgit comme un révélateur photographique, une arche numérique, non comme un événement qui survient de l’extérieur qui commente ou qui définit mais comme une « résurgence » venant du sans - fond.
Cette toile de Feïz Sfar retrouve le bleu originel, le bleu initial, tunisien et méditerranéen, fruits végétaux et fruits de la mer mêlés. Le bleu devenu turquoise, cobalt et indigo coule sur le jaune orangé éclatant d’un soleil d’été. La fécondité de la couleur, les graines, les algues parcourent la toile dans une vague de vitalité. L’ovale frappe le cercle de la mer utérine, les champs de blés marins, verts puis mûrs jaillissent de ces roseaux. Les mammifères marins aux formes rondes, puissances mythologiques glissent dans la profondeur immatérielle des temps et des fonds, l’éclat des couleurs éveillent les sens d’une mappemonde revisitée. Le dédoublement, le double et la doublure des couleurs, la projection de soi se reflète dans le bleu du miroir maritime, reflet narcissique de l’amour. Les mélanges archaïques, initiaux de la palette, bleu et jaune pour le vert, bleu et rouge pour le violet offrent la tonalité scolaire d’une leçon de peinture. Le mouvement flotte, entraînant le regard du spectateur dans le courant irrésistible de sa force.
Est - une aventure de la matière, un espace onirique indestructible offrant ainsi une infinité de possibilités ? Les émotions se bousculent et s’engagent à travers les possibilités infinies de l’expression plastique. Feïz Sfar rend éblouissant les mélanges de jaune, d’orangé, de violet, de bleu et de vert. La fraîcheur de la beauté durable, les formes sous - marines encore en devenir, les instantanés de couleur aux lignes indéfinies plongent dans un univers moderne, décoratif, accessible, attirant et séduisant. Les camaïeux des violets, mauves, violines, vieux - roses retiennent les sens comme un bain d’algues, un schiste et une corolle de rose.
La recherche expérimentale sur la technique et la matière, l’évolution, oscille sous nos yeux et se démultiplie. Le spectateur est invité à explorer le monde infini de l’expression abstraite. Une investigation s’ouvre sur un jeu de variations articulé entre le vide et le plein, le négatif et le positif. Est -ce un jeu complexe entre le graphisme et la matière ? Comment réunir Aristote et Avicenne ?
Les toiles entre jaune, orangé et rouge concluent ce regard sur l’oeuvre de Feïz Sfar. Une coulée de lave, un coucher de soleil, une échographie, les forces externes, les éléments traversent la toile. La couleur se couche à l’Ouest, son rayonnement dans la clarté du jour étend sa luminescence la nuit tombée. La matière et le rêve coïncident, le moi s’absorbe et s’abandonne. Le monde des formes reconnaissables n’occupe qu’une place réduite au milieu d’autres combinaisons possibles.
Ce dernier triptyque, retable à la manière de Kamel Mili, trois panneaux de peinture rouge, rosé, orangé laisse couler le sang dans les veines du placenta au HIV, l’oeil du centre de la terre fait battre le cœur de sa puissance tourbillonnante, le cyclone de la couleur transperce les barrières géographiques et livre de sa nouvelle cartographie le sol d’une planète, le totem de la peinture.
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